Tricky 1

La vie s’écoule sereinement chez Grifélins. Ce qui explique la présence de chats âgés, voire très âgés, ayant échappé aux aléas de la vie dehors.  Et je viens aujourd’hui partager avec vous mes questionnements, mes  angoisses et tâtonnements, mes trouvailles concernant les soins à apporter aux chats ayant atteint le quatrième âge. Certains d’entre vous pourront y retrouver des similitudes avec leur propre expérience, et, je l’espère aussi, des pistes  et solutions. Je vous proposerai aujourd’hui, et les jours qui viennent, successivement 3 situations, 3 profils, 3 portraits.

Je commencerai par celui de Tricky, un persan de 16 ans et demi qui vient d’être très malade.

A cet âge (82 ans en âge humain), tout peut se dégrader rapidement. Tricky a subi coup sur coup les assauts d’une gastro, d’un coryza et d’un gros abcès dentaire (on peut remarquer sur la photo un discret gonflement de la joue). Comme si cela ne suffisait pas, l’analyse sanguine a révélé un rein très fatigué. Le pauvre Tricky a donc cumulé les em… si bien qu’il s’est mis à refuser toute nourriture, et que mes quelques tentatives culpabilisées de le gaver n’ont fait que le stresser davantage et le conduire à me prendre en aversion. Il mettait une force incroyable dans l’acte de serrer les mâchoires, tandis que son corps devenait inconsistant et que son regard s’absentait, comme sans vie déjà. Du Smecta, administré par petites boulettes directement dans la gueule, a rapidement soigné la gastro. Mais d’un autre côté,  ça n’a fait encore une fois qu’augmenter sa défiance vis-à-vis d’une main invasive et brutale. Il est très difficile de cumuler les rôles de soigneuse et de nourrisseuse. Plusieurs traitements antibiotiques par injection ont mis un terme au coryza et à l’abcès dentaire. Ce dernier pourra récidiver et il n’est malheureusement pas envisageable de procéder, à cet âge, et dans un tel état de faiblesse, à une extraction. Outre son manque d’odorat, ses douleurs dentaires, son faciès brachycéphale de persan, la mauvaise odeur générée par le pus de l’abcès ne pouvait que lui donner de l’aversion pour une  nourriture dénaturée.

Le pronostic était noir, ainsi que mon moral.

Ce n’est que délivrée de l’administration de médicaments, que j’ai pu tout de même persévérer en lui présentant, toutes les 2-3 heures, une pâtée pour chats hospitalisés. Cela n’a pas été toujours concluant et j’ai passé une ou deux nuits à cogiter sur ce que j’appelais une délivrance pour le lendemain. Mais au matin, j’avais la surprise de retrouver la gamelle vide. Les jours ont passé. Je le laisse maintenant seul avec sa nourriture dans la salle de bain, à l’abri des convoitises de ses congénères. Il en est à 4 repas par jour qu’il vient demander. Son museau le handicape un peu et je l’aide en repoussant la nourriture avec mon doigt, recréant ainsi un petit monticule, plus facile à attraper. Quand il semble fatigué, je l’encourage doucement à continuer, essayant d’en faire ni trop, ni trop peu. Il  apprécie maintenant une pâtée qui malheureusement ne sera plus en vente. Il ne s’en soucie pas. Le moment venu,  nous trouverons !

Cher Tricky, tu manges à présent plus volontairement, et moi, je me nourris de ton appétit. Tu sors de la pièce pour boire. Tu as choisi une autre écuelle d’eau que celle présente à côté de ta nourriture. Tu vas te reposer sur un coussin près du radiateur. Ainsi va ta petite routine. Tu manges, tu gères ta litière, tu te toilettes, tu te reposes. Je te retrouve parfois debout, immobile, un peu perdu. Est-ce faiblesse ? Sénilité ? Les 2 ? C’est de l’humain tout craché de s’encombrer de telles questions ! Tu manifestes juste ton goût d’une vie de chat âgé, de ce que j’en imagine, sur un territoire très réduit. Je projette en toi mes questionnements. Nous faisons ça, au jour le jour. Il y a de la gravité en toi qui m’en impose. Mes nuits sont depuis longtemps entrecoupées. Si je me lève, tu es là qui attend, silencieux. Je te sers un repas et vais me rendormir.Tu valides mes insomnies. Tu m’aides, Tricky.

Tricky2

=^..^=artine